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mercredi 24 septembre 2008

Le développement urbain durable et connecté : un chemin plus tortueux qu'il n'y paraît

L'initiative pour le "développement urbain connecté" (Connected Urban Development, CUD) que promeut Cisco frappe d'abord par son ambition et par le niveau d'engagement qu'elle a obtenu de 7 grandes métropoles mondiales. Le maire d'Amsterdam a consacré toute sa matinée et son dîner du 23 septembre à la conférence associée à ce programme ; le maire de Lisbonne a fait le déplacement ; Manoel Barroso, président de la Commission européenne, et Viviane Reding, commissaire à la Société de l'information et aux Médias, ont envoyé un message vidéo. Chacune des villes associées a engagé un ou plusieurs projets de grande ampleur : un réseau de télécentres de proximité, un système de péage urbain, des bâtiments verts, flexibles et intelligents, une production et une distribution d'énergie décentralisées…

Si ces projets réussissent, ils peuvent avoir une incidence significative sur la consommation d'énergie, les congestions urbaines, la pollution. Le programme cCUD ontribue à placer la question du développement durable plus près du cœur des préoccupations des décideurs, tant publics que privés. Il illustre le potentiel des technologies pour répondre de manière innovante aux défis environnementaux. Il démontre que le développement durable ne s'oppose pas à l'économie. Pour toutes ces raisons, son apport est incontestablement positif.

Mais pour que son apport demeure durablement positif, il lui faut rapidement élargir son point de vue. La succession des interventions lors de la conférence d'Amsterdam, ainsi que la forme même de l'événement, illustrent en effet de manière assez crue les difficultés de la rencontre entre le développement durable, le monde de la grande entreprise et enfin, les technologies et les cultures numériques.

L'environnement contre le social ?

Des "trois piliers" désormais classiques du développement durable (environnemental, économique et social), le social a disparu de la conférence. Les stratégies durables s'y décrivent dans un monde sans conflits, sans tensions, sans inégalités criantes, sans rapports de force entre employeurs et employés, sans services publics et provés qui disparaissent des quartiers difficiles... Les quartiers verts et les nouveaux développements urbains s'adressent aux classes moyennes supérieures. Les télécentres hébergent les travailleurs non postés du savoir.

Je force un peu le trait, à dessein. L'environnement semble clairement remplacer le social comme enjeu collectif, au prix, parfois, d'une candide admission des inégalités, voire du prix à payer (par qui ?) pour avoir une ville durable : différencier les services et les zones de vie, assigner les habitants à résidence dans leurs grands ensembles éco-conçus, accepter de travailler depuis chez soi en "homesourcing" sous peine de voir l'activité se délocaliser à l'étranger…

Le risque apparaît clairement : si l'objectif environnemental occulte (ou renforce) la brutalité des tensions urbaines, alors, non seulement il ne sera pas atteint, mais la situation finale pourrait s'avérer plus mauvaise que celle du départ.

Une informatique trop raisonneuse

La plupart des applications numériques présentées pendant la conférence tournent autour de la mesure, du contrôle, de l'automatisation et de l'optimisation. On modélise et planifie, ou capte, mesure et cartographie, on pilote, facture et sanctionne, on calcule, minimise et organise… L'informatique classique, celle des processus, excelle dans ce domaine et il est logique qu'on l'emploie à cette fin.

Organisation thématique du programme CUD
La ville apparaît donc, en creux, comme un simple système, certes complexe, mais qu'il s'agirait simplement d'optimiser. La spontanéité de ses habitants, le caractère imprévisible de ses actions, la déraison qui fait se déplacer très loin pour trouver un bon restaurant, ne font pas vraiment partie de ces projets très raisonnables, voire raisonneurs. Au point, par exemple, que le problème que pose un système intelligent de péage urbain qui suit à la trace chaque véhicule, en termes de vie privée, n'apparaît pas spontanément à ses promoteurs.

Il y a plus : quand on optimise, on tend naturellement à considérer le système à optimiser comme une donnée. Autrement dit, on ne s'interroge pas, ou peu, sur son périmètre. Aux problèmes de mobilité, on apportera des solutions en termes de transports et de tarification, à la rigueur de télétravail – mais on travaillera fort peu sur les temps, sur la flexibilité des espaces, sur l'invention de nouvelles formes de proximité…

6 milliards d'absents ?

Enfin, jusqu'à l'intervention in extremis de J.D. Stanley, responsable de l'activité "secteur public" de Cisco, qui rendait compte de travaux exploratoires communs avec le Mobile Experience Lab du MIT (Etats-Unis), j'ai bien cru que les citoyens resteraient définitivement à la porte de ces projets de ville durable… De même que la conférence, y compris pendant les sessions plus petites, laissait fort peu de temps au débat, les projets présentés descendent, ils font le bien des citadins pour eux, parfois même un peu contre eux. Ils ne sont guère consultés, ils participent encore moins à les définir, quant à en être coproducteurs… La technocratisation de l'écologie accompagnerait-elle aussi rapidement son arrivée au cœur du débat public ?

Le Mobile Experience Lab se focalise sur l'expérience personnelle et sociale de l'usage des technologies en environnement urbain. Sa collaboration avec Cisco a inévitablement emmené le programme CUD sur un autre terrain, celui des échanges, de la participation, de la collaboration, de l'innovation ouverte. Alors que les autres projets du programme Connected Urban Development sont en phase de prototypage ou de test, il ne s'agit ici que de scénarios. Mais c'est un premier pas.

Le télétravail est la solution, mais quelle est la solution au télétravail ?

Notes prises lors de la conférence du programme "Connected Urban Development", organisée par Cisco à Amsterdam, les 23 et 24 septembre 2008.


Benoît FeltenEn introduction du second jour de la conférence, Benoit Felten, Senior Analyst au Yankee Group (et dont on recommandera le bon blog Fiber Revolution), a reçu la tâche d'illustrer l'apport des réseaux de nouvelle génération dans la transformation (de préférence durable) des processus d'affaires. Il prévient d'emblée : "ce que je vais vous présenter, c'est une vision, pas le résultat d'études."

Son point de départ : l'automobile. Peut-on réduire le nombre de véhicules, les distances qu'ils parcourent, leur consommation d'énergie, leurs émissions ?

Que penser des politiques actuelles ? Felten (qui est Français) évoque par exemple le bonus-malus écologique français : "Une famille nombreuse qui possède une grosse voiture paiera un malus. Si elle achète deux petites voitures, elle recevra un bonus..." D'autres exemples seraient de la même veine. Bref, beaucoup de mesures actuelles foacalisées sur l'automobile sont soit inefficaces, soit perverses, soit au mieux, leurs effets seront mineurs.

"Amener le travail aux travailleurs, plutôt que les travailleurs au travail"

Il faut, pour Felten, prendre les choses autrement.

Les déplacements pendulaires, du domicile au travail, représentent une source majeure de congestion, de pollution, de temps perdu et de stress. Ils sont un héritage de l'organisation industrielle du travail. Dans une économie de services, cela n'a plus de sens. Et dans des sociétés connectées à très haut débit, "le travail peut aller aux travailleurs plutôt que les travailleurs au travail." C'est, pour Felten, "l'action la plus concrète que nous puissions engager aujourd'hui. Parce qu'il s'agit de changer les modalités, pas d'attendre qu'une technologie devienne mature." (Est-il vraiment plus rapide de changer les "mentalités" que la technique ? On peut s'interroger, mais on comprend ce que veut dire Felten)

Quels seraient les avantages ? Les entreprises peuvent faire des économies et profitent de la productivité et de la satisfaction que gagnent leurs salariés qui n'ont plus à passer des heures dans les transports. Elles peuvent plus facilement recruter des talents qui vivent très loin de leurs bureaux. Les employés gagnent du temps et de l'argent, améliorent leur qualité de vie et réduisent leur niveau de stress. Les territoires réduisent leur empreinte écologique. Et en termes d'emploi, ils peuvent espérer que les délocalisations fassent en partie place au "homesourcing", à l'externalisation auprès de personnes qui travaillent depuis leur domicile sur le territoire.

Comment réussir après tant d'échecs ?

Felten le reconnaît, la peinture est un peu rosie... Cependant, la piste mérite d'être explorée. Et ce sont les entreprises qui seraient à l'initiative. Donc, il faut leur donner des chiffres.

L'opérateur BT évalue les gains de productivité de ses télétravailleurs à 20%. 80% d'entre eux sont satisfaits de cette organisation. IBM fait travailler à domicile un tiers de ses salariés américains et affirme avoir économisé 100 millions de dollars.

Comment réussir un tel projet, quand tant d'autres initiatives dans le même sens ont échoué dans les deux décennies passées ? Il faut travailler sur l'organisation des entreprises, sur le management, sur l'environnement de travail et sur la technologie.

En termes d'organisation et de management, il faut repenser le "contrat social" entre employeur et employé. Comment manager et superviser des employés que l'on n'a pas sous les yeux ? C'est ce que font déjà, par exemple, deux entreprises partenaires l'une de l'autre : la confiance repose sur les deux parties. Ce qui suppose que les objectifs, les critères de mesure, les conséquences du succès et de l'échec, soient précisément définis.

La seconde condition de succès est de pousser l'adoption d'un "environnement de travail 2.0". Cela inclut en particulier un lien vidéo bidirectionnel à haute définition et la présence d'un grand nombre d'applications dans le "nuage", sur le réseau, plutôt que centralisées dans le centre informatique de l'entreprise.

Enfin, le haut débit actuel n'est pas suffisant pour assurer des conditions de travail à domicile satisfaisantes pour employeurs, employés et clients des entreprises. Il faut créer les conditions du déploiement rapide du très haut débit. Mais le problème est que le déploiement coûte cher, très cher. Le modèle de financement le plus classique, celui où les opérateurs investissent et où les clients financement a posteriori par leurs abonnements et leurs usages, ne sera sans doute pas suffisant à assurer un déploiement rapide de la fibre optique. Il faut d'autres compléments : que les promoteurs confinancent la fibre si leurs appartements connectés se vendent mieux, que les entreprises cofinancent la connexion de leurs salariés, que les acteurs publics investissent pour réduire les déplacements urbains...

Il faudra aussi, conclut Benoît Felten, compter avec la résistance de ceux qui ont tout à perdre d'un tel changement : les compagnies pétrolières, les constructeurs automobiles et les constructeurs d'espaces de bureaux...

Ceux qui suivent depuis quelques années les heurs et malheurs du télétravail et des télécentres se trouvent sans doute en terrain familier. Trop familier, en fait. Il y a dans l'intervention de Benoît Felten quelques pistes, quelques idées à creuser, quelques chiffres utiles issus d'expériences récentes et significatives. Mais il est difficile de ne pas lire, aussi, dans cette intervention, une resucée d'arguments souvent entendus depuis 20 ans, notamment dans la bouche des acteurs du numérique qui annoncent toujours le télétravail heureux au tournant de la prochaine vague technologique...

mardi 23 septembre 2008

Mobilité durable : du politiquement incorrect au carrément inquiétant...

Notes prises lors de la conférence du programme "Connected Urban Development", organisée par Cisco à Amsterdam, les 23 et 24 septembre 2008.

Le premier atelier sur "mobilité durable et connectée" de la conférence "Connected Urban Development" se consacrait à deux types de projets : le péage urbain "intelligent" à Séoul et Amsterdam, et le "bus connecté" de San Fancisco.

Inventer un bus de première classe ?

Todd Litman, directeur du Victoria Transport Policy Institute (Canada), présentait l'expérimentation "Connected bus" en cours à San Francisco. La question de départ : et si le bus, que l'on considère aujourd'hui (en Californie du moins) comme la moins plaisante des solutions de mobilité, devenait pratique, agréable et populaire ? Et même : comment pourrait-on convaincre, non pas les pauvres, mais ceux qui en ont les moyens, d'abandonner leur automobile pour prendre le bus ?

La réponse : un bus pensé sur le modèle des classes affaires en avion, plutôt que des classes économiques. Géo-localisé pour indiquer quand il arrive à la station ou, quand on est assis dedans, en combien de temps il nous mènera à destination. Connecté, pour offrir l'internet à bord, mais aussi pour coordonner les feux afin de circuler plus vite. Un bus vidéosurveillé, qui valide automatiquement le titre de transport sans fil, où les sièges spacieux sont équipés d'un petit écran, où l'on trouve un distributeur de boissons et un chauffeur dont la performance est suivie de près par la compagnie...

Le 'bus connecté'

Les résultats : un bus plus rapide, plus fiable et mieux connecté aux autres modes de transport, plus agréable. Autant de réponses aux principaux obstacles qui s'opposent à l'usage des transports collectifs. Au prix, que Litman admet mais considère comme nécessaire si l'on recherche un réel impact environnemental, de la création d'un transport public à deux vitesses.

Cela marchera-t-il ? L'évaluation de l'expérimentation est en cours.


Un péage urbain (trop ?) intelligent

Les péages urbains intelligents de Séoul et d'Amsterdam, qui s'apprêtent à entrer en phase d'expérimentation, se ressemblent beaucoup. Plutôt que de reposer sur des postes de péage aux entrées des villes (qui créent par eux-mêmes des embouteillages) ou, comme à Londres, sur l'installation de caméras qui lisent les plaques d'immatriculations des véhicules qui entrent dans la zone payante, ils s'appuient avant tout sur la géo-localisation des véhicules. Un appareil GPS dans l'automobile déclenche le péage lorsque le véhicule entre dans une zone payante. Le prix peut dépendre de la zone, de l'heure et de la distance parcourue. Un tarif distinct, fonction du temps, peut s'appliquer lorsque le véhicule est garé.

Le système est plus précis que ses concurrents, plus juste aussi : on paye en fonction de son usage des ressources limitées de la voirie. Mais il suppose que les autorités disposent du droit de suivre tous les déplacements de toutes les automobiles de la ville. La question de la vie privée a-t-elle été discutée ? Aura-t-on le choix d'installer le boîtier GPS ou non ? Ma question gêne un peu. Les Coréens de la tribune indiquent qu'ils n'ont pas encore de réponse à cette question. L'intervenante de la municipalité d'Amsterdam est un peu plus claire : en 2012, une loi devrait rendre l'équipement GPS des véhicules obligatoire, pour permettre l'application nationale du péage intelligent. Et la loi "prendra en compte les questions de vie privée".

Me voilà pleinement rassuré... enfin, un peu plus, en réalité, lorsqu'un membre de l'équipe Cisco associé au projet de Séoul m'indique, en aparté, que le sujet les préoccupe en fait beaucoup. Ils réfléchissent à deux réponses complémentaires. D'une part, on pourrait avoir le choix entre payer une taxe urbaine fixe et installer le boîtier, grâce auquel on paierait en principe moins cher. D'autre part, le système ne transmettrait aux applications de facturation (et aux autorités) que des données agrégées, par exemple le nombre de km parcourus.

Le problème est donc au moins pris en compte. Reste les données détaillées existeront évidemment quelque part, ne serait-ce qu'en cas de contestation. Combien de temps urbanistes, marketeurs, transporteurs et policiers pourront-ils résister à la tentation de s'en servir ?

Tout de même, on se demande parfois ce que devenir "durables" peut justifier ou non...

"Du berceau au berceau" : répondre autrement au défi environnemental

Notes prises lors de la conférence du programme "Connected Urban Development", organisée par Cisco à Amsterdam, les 23 et 24 septembre 2008.

Michael BraungartChimiste à l'origine, Michael Braungart est l'auteur, avec l'architecte William McDonough, de l'un des ouvrages fondateurs du "green design" : Cradle to Cradle, Remaking the Way We Make Things ("Du berceau au berceau, refonder notre manière de produire", 2002). C'est aussi un orateur et un polémiste assez redoutable, qui a donné un coup de vieux à certaines des interventions de la conférence.

Braungart commence par décrire l'analyse chimique des composés qu'absorbe un enfant en jouant avec un jouet en plastique d'une grande marque : une dizaine de composés chimiques toxiques, des métaux lourds... "Ces objets sont conçus pour ne coûter qu'un dollar à la production en Chine, ils ne sont pas conçus pour que des enfants jouent avec. Or si nous ne savons pas concevoir des jouets pour nos propres enfants, que dire de nos autres produits ?"

C'est le modèle de production industriel "du berceau au caveau" qu'il décrit, où les objets sont produits à partir de matières premières, consommés puis jetés ou au mieux, brûlés. Un modèle évidemment insoutenable, la démonstration n'est plus à faire.

Mais les réponses actuelles, celles du "développement durable", sont loin de satisfaire Michael Braungart. "Faire moins mal, ça ne sert à rien. Il faut apprendre à faire bien !" Pire, selon lui, les réponses qui se fondent sur le "moins" (moins de croissance, une croissance moins polluante, une moindre "emprise écologique") sont carrément dangereuses. Elles sont malthusiennes : citant Al Gore qui en appelle, en priorité, à la stabilisation de la population du globe, il demande : "Va-t-on dire à l'enfant qui naît qu'il n'est pas le bienvenu ?" Et signale que la biomasse représentée par toutes les fourmis de la planète serait quatre fois supérieure à celle de tous les corps humains. "Nous ne sommes pas trop nombreux, nous sommes trop bêtes !" Et nous n'avons pas un problème de surpopulation, mais de design.

Rien ne trouve grâce à ses yeux dans le discours "durable". Consommer moins ? "C'est mettre tout le monde en faillite." Produire d'une manière plus efficiente ? "La nature n'est pas efficiente. Tout ce qui compte vraiment dans la vie, l'amour par exemple, est inefficient. Rendre notre modèle actuel efficient, c'est améliorer notre capacité à tout détruire..."

Ce "discours de la faute", fondé sur un sentiment de culpabilité à la fois légitime et improductif, trouverait son apogée dans l'image d'une "empreinte écologique" que nous devrions réduire chacun. Notre but serait-il de nous faire tout petits ?

On comprend que les industriels adorent ce trublion qui, pourtant, ne les ménage pas. Mais il y a dans son discours, et surtout dans son élaboration positive autour de l'image "du berceau au berceau" (dont on trouvera un excellent résumé ici), quelque chose de réellement novateur et que nous entendons trop rarement.

Au confluent de la science et de l'économie, il s'agit d'une démarche de design "holistique". Elle consiste à imaginer un mode de conception des objets qui prend en compte tout leur cycle de vie, depuis l'obtention des matériaux qui les composent jusqu'à leur fin de vie, à laquelle tous leurs composants s'incorporent à nouveau dans le cycle de production. On ne recycle plus les déchets, on n'en produit plus du tout ! "Les déchets sont de la nourriture", explique Braungart.

Concrètement, qu'est-ce que cela signifie ?
  • Des meubles sont fabriqués en matériaux "mangeables", non toxiques lorsque le tissu de la chaise ou le vernis du pied se décomposent doucement, et qui peuvent soit retourner immédiatement dans la biosphère, soit être incorporés après usage dans d'autres processus et produits.

  • Des produits se transforment en services, comme le fait ce fabricant de moquette synthétique qui vend aux entreprises un plancher impeccable et par conséquent, remplace à la demande les carrés usés - pour les reconvertir en matériau de base, uis en moquette impeccable.

  • Des bâtiments qui produisent plus d'énergie qu'ils ne consomment, qui nettoient l'eau, et qui sont naturellement agréables à vivre...


Le certificat Avec son compère McDonough, Braungart a fondé plusieurs entreprises qui se consacrent à appliquer ces principes de design à l'achitecture et à toute une série de secteurs industriels. Un label "Cradle to Cradle" a même été créé.

"Tout réinventer pour faire les choses bien, plutôt que moins mal", conclut Braungart. La démarche, et le ton du prédicateur, pourront irriter. Mais on aurait tort de ne pas l'écouter, voire de ne pas l'essayer.

Les "smart work centers", des alternatives à la mobilité pendulaire ?

Notes prises lors de la conférence du programme "Connected Urban Development", organisée par Cisco à Amsterdam, les 23 et 24 septembre 2008.


Marijke VosMarijke Vos, adjointe à l'environnement de la municipalité d'Amsterdam, présente l'expérimentation pilote des "Smart work centres", lancée dans le cadre du programme Connected Urban Development à Amsterdam et Almere, dans la banlieue de la capitale, qui est l'une des zones urbaines les plus congestionnées au monde.

Un Smart Work Center est d'abord un lieu de travail partagé et proche du domicile. Mais l'idée est d'aller au-delà. Le "centre" dispose aussi de services sur place, tels qu'une crèche ; il est connecté à très haut débit et dispose de salles de téléconférence... Le slogan : "amener l'information à l'utilisateur, plutôt que l'utilisateur à l'information !"

Beaucoup de personnes n'aiment pas travailler chez elles. Dans un Smart Work Centre, qui est un partenariat public-privé, on travaille auprès d'autres personnes qui travaillent pour des employeurs très divers, publics et privés.

Le pilote lancé en septembre 2008 doit démontrer le potentiel du dispositif. Quelle serait l'échelle d'un déploiement efficace ? Selon Marijke Vos, on pourrait réduire l'espace de bureau en centre ville de 30%, avec bien sûr des conséquences en termes de cûts, de temps gagné, de consommation énergétique et d'émissions. Elle imagine ainsi un "anneau" de centres intelligents autour de la ville, dans lesquels les habitants des banlieues proches et lointaines choisiraient de travailler au moins quelques jours par semaine.

Par un heureux hasard, quatre autres Smart Work Centres des alentours d'Amsterdam ont profité de la conférence pour annoncer leur lancement. L'un d'entre eux s'installera à "Amsterdam Bright City", une zone qui rassemblera (début 2009) des universités, des start-ups et des entreprises plus installées ; enfin, une dizaine d'autres centres seraient prévus pour constituer un "réseau de lieux de travail intelligents".

Une drôle de solution pour sauver la planète et financer la fibre optique...

Notes prises lors de la conférence du programme "Connected Urban Development", organisée par Cisco à Amsterdam, les 23 et 24 septembre 2008.



S'il est un réel visionnaire des réseaux, Bill St Arnaud, directeur scientifique du réseau canadien de la recherche Canarie, est moins convaincant, ou en tout cas plus confus à l'oral, lorsqu'il parle de la contribution des technologies à une économie "zéro carbone", sujet pour lequel il se mobilise pourtant depuis plusieurs années au travers d'un blog très riche. Pour lui, "il ne s'agit plus de réduire nos émissions, mais de les supprimer !" Et il faut le faire dès maintenant, sinon même les objectifs (selon lui) modestes des pays et des entreprises les plus ambitieux ne seront pas atteints.

La première chose à faire, comme le signale l'initiative Smart2020, est de faire en sorte que les émissions nettes de CO2 liées aux TIC se réduisent très significativement.

Mais ensuite, les TIC peuvent être le levier qui mène à une économie "zéro carbone". Et pour St Arnaud, les entreprises qui s'y engageront réaliseront des économies considérables et gagneront un avantage concurrentiel durable. La "virtualisation", qui consiste à dématérialiser la croissance et une part massive de l'économie, constituerait alors une piste dominante.

On aimerait en savoir plus sur cette virtualisation, mais Bill St Arnaud passe vite à autre chose. Pour lui, les premières approches en direction d'une économie moins consommatrice en énergie et moins polluante se concentrent sur les taxes sur l'énergie et les émissions, les marchés carbone, voire l'imposition par la loi de la neutralité carbone - qui mobilise aujourd'hui très fort les départements R&D des entreprises. Les résultats de ces activités ne sont pas négligeables, mais demeurent très insuffisants.

Mais il y a pour St Arnaud une autre approche : les "primes carbones" plutôt que les "taxes carbone". Il s'agirait de récompenser les entreprises et les individus qui ont réduit leurs émissions. Les récompenses elles-mêmes pourraient être virtuelles, par exemple sous la forme de contenus numériques, de temps de communication mobile, de temps de téléprésence...

Une étude récente de l'association des entreprises britanniques montrerait que les consommateurs contrôlent 60% des émissions : 35 % directement et 25% indirectement. Donc en influençant les consommateurs, on peut faire une grande différence. Et bien sûr, plus de 50% de ces consommateurs vivent désormais en ville.

A Ottawa, un pilote soutenu par Bill St Arnaud cherche à offrir une connexion très haut débit gratuite aux consommateurs qui acceptent de payer un petit surcoût sur leur facture d'électricité et de gaz. Ces consommateurs sont ensuite encouragés à réaliser des économies - mais ils ne perdent pas leur réseau gratuit s'ils ne le font pas.

Pour Bill St Arnaud, ce processus peut permettre de financer la fibre au domicile d'une manière bien plus sûr que le "triple play", au travers de la facture électrique plutôt que de la facture télécoms...

On veut bien, on veut même bien croire que l'effet sur la consommation énergétique soit vertueux. Mais on a du mal à croire que cela nous approche beaucoup de l'économie "zéro carbone" dont parlait Bill St Arnaud au début de son intervention.

Un portrait déprimant de la situation climatique

Notes prises lors de la conférence du programme "Connected Urban Development", organisée par Cisco à Amsterdam, les 23 et 24 septembre 2008.



Après des interventions inaugurales qui se voulaient mobilisatrices et positives, Alan Rodger, directeur scientifique de la British Antarctic Survey, a prévenu : "J'ai du mal à partager votre confiance !"" Et après avoir rappelé la réalité du défi climatique, il a proposé un défi aux acteurs du numérique et des réseaux.

"Le climat est un système complexe, qui fonctionne à des échelles multiples de temps et d'espace." Mais pour Rodger, les grandes organisations telles que le Groupe intergouvernemental sur l'environnement et le climat (GIEC), qui doivent fonctionner de manière consensuelle, ne rendent pas entièrement compte des aspects les plus inquiétants du changement climatique. Les forages dans l'antarctique le démontrent : le globe se réchauffe du fait de l'activité humaine, et le fait de plus en plus vite.

Cela n'est pas une mauvaise nouvelle pour tout le monde. Au Tibet, le changement sera vraisemblablement positif. Mais il est dur de prévoir ce qu'il se passera localement, et les transformations elles-mêmes peuvent être profondément déstabilisantes.

Les pôles se réchauffent beaucoup plus vite que le reste de la planète. Conséquences : la glace fond beaucoup plus vite que prévu, contribuant notamment à l'élèvement du niveau des eaux. L'antarctique, le Groenland, fondent. L'aspect positif, c'est que les routes de navigation deviennent plus courtes et que les ressources pétrolières de l'arctique (un quart de la ressource mondiale !) deviennent plus accessibles... ce qui peut également avoir un aspect négatif...

Le niveau des eaux ne montera pas non plus de manière homogène. Les atolls du Pacifique sont concernés, mais ce sera aussi le cas, par exemple, de territoires en Grande-Bretagne.

Enfin, le principal problème du réchauffement à court terme est l'augmentation des événements extrèmes. Les ouragans ne sont pas plus fréquents, mais ils sont beaucoup plus violents. Les cycles deviennent plus extrèmes : les précipitations deviennent plus intenses et les périodes de sécheresse plus longues. En dehors d'une bande située autour de l'équateur, l'Afrique devrait ainsi souffrir beaucoup plus gravement de la sécheresse.

Mais si nous savons des choses, il en reste beaucoup que nous ne savons pas. Les émissions à venir sont mal connues, les modèles informatiques sont imparfaits, le partage entre l'impact de l'activté humaine et celui des changements naturels du climat n'est pas certain... Il y a encore besoin d'une collaboration entre les milieux scientifiques et ceux de l'informatique pour améliorer les outils de la connaissance.

En termes d'action, la situation des émissions de CO2 est pire que le pire des scénarios de 2001, du fait de la vivacité de la croissance économique. Par ailleurs, les océans absorbent moins de carbone que prévu ; comme ils en absorbent tout de même, ils deviennent plus acides et cela transformera les écosystèmes - les premières victimes seront les poissons et les coquillages qui sont très sensibles à la température et l'acidité. Enfin, il existe des volumes massifs de méthane sous le permafrost, qui risque de s'échapper si celui-ci fond, rendant la situation encore pire.

Nous aurons par ailleurs un problème d'eau (douce). La majorité de l'eau douce vient de la fonte des neiges, or les couches de neige se réduisent...

Bref, le système terrestre est fait de très nombreuses interdépendances. Ce qu'on sait, c'est que le rythme du changement s'accroît à des niveaux sans précédents, que ce changement est lié à l'activité humaine, et selon Alan Rodger, que le GIEC sous-estime les risques. Et le grand défi est de mieux savoir prédire les changements climatiques à l'échelle locale, pas seulement globale.

Les villes durables et connectées en conférence à Amsterdam : ouverture


"Combiner nos agendas en matière de TIC et d'environnement" : telle est la vision exprimée par Job Cohen, le maire d'Amsterdam, en ouverture de la conférence "Connected Urban Developement" organisée par Cisco dans la capitale néerlandaise, les 23 et 24 septembre 2008.

Lancé en 2006, en lien avec la Clinton Global Initiative, Connected Urban Development regroupe 7 villes (Amsterdam, Seoul, San Francisco, Lisbonne, Birmingham, Hambourg, Madrid - aucune ville française, donc) dans l'objectif de "créer des infrastructures de communication urbaines qui démontrent comment la connectivité en réseau peut réduire les émissions de carbone dans l'environnement urbain." Chaque ville s'engage sur un certain nombre de projets concrets, avec le soutien de Cisco. Les domaines abordés sont le travail et son organisation, la mobilité, les bâtiments, la production et la distribution d'énergie et l'urbanisme.

La ville s'est ainsi fixé pour objectif de réduire ses émissions de CO2 en 2025, par rapport à leur niveau de référence de 1990. Et de devenir une ville "climatologiquement neutre" en 2050.

Ainsi, Amsterdam déploie le "Citynet", un réseau municipal de fibre à domicile. La ville s'est également engagée à rendre les bâtiments municipaux "climatologiquement neutres", au travers de solutions techniques d'isolation, de chauffage et d'éclairage, mais aussi d'un programme de "bureaux flexibles".

Les "lieux de travail intelligents" (smart work centres) incarnent cet engagement d'Amsterdam au sein de l'initiative CUD. Ils seront présentés plus avant pendant la conférence

Chris DedicoatChris Dedicoat, président de Cisco Europe et membre de son comité "environnement", a ensuite voulu rappeler les enjeux de la croissance durable en Europe. "Le défi pour l'Europe, c'est la croissance", a-t-il souligné. Surtout dans un monde où le nombre d'ingénieurs "produits" chaque année par les universités chinoises et indiennes dépasse de loin les flux européens. "La concurrence ne porte plus seulement sur les coûts mais sur l'accès aux talents et aux intelligences. Nous, européens, investissons moins que les autres sur l'intelligence, voilà notre problème."

Pour Dedicoat, les grands défis du monde des affaires sont l'innovation et la productivité. L'innovation au travers de la personnalisation, pour répondre au défi de l'Asie et pour tirer parti des progrès technologiques. La productivité, pour une croissance plus vertueuse. Sans surprise, il insiste sur le développement de la téléprésence, qui (avec des technologies telles que celles que promeut Cisco) permet de "restituer l'expérience de la présence physique dans une téléconférence". Cisco affirme avoir économisé 27 000 voyages grâce à cette solution.

Les entreprises européennes doivent se focaliser d'une part sur la qualité de l'expérience de leurs clients, et d'autres part sur le fait de devenir des organisations "sans frontières" : globales, oui, mais aussi ouvertes aux partenariats et aux apports extérieurs. Cisco dépense ainsi 4,5 milliards de dollars en R&D. Mais il entretient aussi des projets d'"innovation ouverte", tel que l'iPrize, qui récompense les bonnes idées proposées à Cisco jusqu'à un niveau possible de 500 000 dollars.

Cisco considère désormais que sa stratégie en termes d'environnement fait partie de ses conditions de compétitivité. Son engagement est de réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 25% pour 2012. Cela étant, en interne Cisco travaille de plusieurs manières à réduire son empreinte écologique. En dehors de l'évolution de ses produits eux-mêmes, l 'entreprise s'efforce d'améliorer la totalité de sa "chaîne environnementale", en réduisant l'impact écologique de ses circuits logistiques par exemple, ou encore en achetant de l'électricité "verte" - qui est actuellement plus chère que l'autre.

Mais la qualité environnementale des produits elle-même cesse rapidement d'être un facteur de différenciation : la plupart des appels d'offres prévoient désormais des conditions en matière de consommation d'énergie, de recyclage, etc. La clé, c'est de développer des solutions qui accroissent l'efficience énergétique de ceux qui les utilisent. Cela peut se passer à deux niveaux : d'une part, dans l'efficience de leurs architectures numériques, par exemple grâce à la virtualisation qui réduit le besoin de créer différents centres informatiques ; et à un autre niveau, dans l'usage des réseaux pour réduire le contenu matériel de la croissance.

La capacité de mesurer de manière précise l'énergie consommée par les processus productifs, ou dans la vie quotidienne de chacun, constitue pour Peticoat un point de passage obligé. C'est un facteur essentiel de motivation. Par conséquent, il devient essentiel de savoir capter les informations sur les consommations, l'efficience énergétique, les émissions, etc. Cisco entend attribuer à chacun de ses services, puis de ses employés, un "budget carbone" - ce qui suppose bien sûr de savoir mesurer les émissions de manière précise.

Dedicoat s'étend ensuite sur les pistes susceptibles d'améliorer l'efficience de la distribution d'électricité : des dispositifs de stockage temporaire d'énergie (parmi lesquels les batteries de nos véhicules électriques, qui pourrait remettre de l'énergie à disposition en cas de besoin et en restocker quand les tarifs sont bas), d'autres qui éteignent provisoirement les équipements domestiques non indispensables quand la demande excède l'offre, et les rallument quand le réseau est moins chargé...