jeudi 25 septembre 2008

Adam Greenfield : Quand les espaces urbains du futur posent problèmes

En direct (avec un peu de différé) de PicNic, la conférence hollandaise sur la créativité et l’innovation dans les nouvelles technologies.

On ne présente plus Adam Greenfield, l’auteur d’Everyware, dont nous avons l’habitude de citer les travaux. L’avenir de nos villes reposera sur de nouveaux modes de perception et d’expérience basées sur les données temps réel et le retour des utilisateurs. A quoi ressemblera la cité connectée pour ses utilisateurs ? Comment va-t-elle transformer le sens de nos métropoles ?

Demain, nos objets et nos interfaces vont sentir, calculer, afficher, recevoir, stocker, transmettre et avoir des actions physiques sur l’information, explique Greenfield. Mais est-ce que cette perspective va décrire une réalité ou est-ce de la science-fiction ?

Adam Greenfield évoque quelques réalisations qui existent déjà, notamment les projets Coréens : le quartier d’u-Cheonggyecheon ou bien sûr la ville ubiquitaire New Songdo, une ville où tout ce qui y passe est tracé, jusqu’aux canettes que vous jettez dans les poubelles.

Le problème bien sûr, c’est que ces projets partent de la technologie plutôt que du désir des hommes. Ils ratent les vrais questions que cet avenir nous pose. Mais comment réagirions nous si nous vivions dans de tels espaces ?

Pour cela, il faut déjà regarder les usages actuels des gens, de leurs objets technologiques "souverains". Quand ils téléphones, les gens se créent des cocons de communication dans les lieux publics pour s’isoler. Dans une ville où tout est connecté, comment allons-nous nous replier sur nous-mêmes ? Si l’information tombe sur nous comme la pluie, nous faudra-t-il des parapluies ? Quand on regarde comment nous choisissons de faire nos actions dans la ville, nous devons constater qu’ils ne sont déjà plus physiques, mais qu’ils dépendent déjà des objets que nous utilisons. D’où l’idée des concepts de Long Here et Big Now ...

Le concept de Long ici (Long Here) qu’il développe, fait référence au Big Here de Kevin Kelly, c’est-à-dire au fait que désormais, où que vous viviez vous êtes un petit point imbriqué dans un espace plus grand. Mais pour Greenfield, c’est bien de Long Here dont il parle, fait référence à l’ancrage, à la persitance d’un historique de tout lieu qu’on traverse. Chaque lieu, spécifié par ses coordonnées possède désormais une profondeur dans le temps. Le meilleur exemple qu’on puisse en donner, ce sont les photos géotaggées qu’on accumule sur Flickr, capable de donner un véritable historique des lieux où l’on passe. Avec des cartographies sur la criminalité, comme Oakland CrimeSpotting, vous avez accès à l’historique de la criminalité d’un quartier, d’une rue, d’un immeuble.

L’autre concept qu’il évoque, le Gros maintenant (Big Now) fait référence à la Long Now Foundation, qui veut regarder notre évolution culturelle sur le très long terme. Le Big Now auquel nous sommes de plus en plus confronté en est exactement l’inverse : les données en temps réel montrent le présent et la réalité tangible de la ville. Avec Twitter, je sais sur l’instant ce que fond mes amis le samedi soir. Ce qui induit une expérience différente qui influe sur mes choix, qui influe sur l’offre des possibles. L’immédiateté est parmi nous explique-t-il en évoquant le fil Twitter du Pont de Londres qui envoit des messages automatiques dès qu’il s’ouvre ou se ferme, ou en évoquant le New York Talk Exchange du Senseable City Lab du MIT qui montre les échanges de télécommunications en temps réel entre New York et le reste du monde.

Reste que la ville ubiquitaire est déjà là. Mais elle pose dès à présent des problèmes : Comment allons-nous pouvoir nous protéger des systèmes de surveillance ? Comment résoudre un problème de GPS quand celui-ci ne délivre plus certains plans ? Dans certaines villes européennes, il devient commun d’équiper sa voiture d’un passe RFID qui permet d’accéder à certaines rues dont l’accès est commandé par des plots rétractables. Mais que se passe-t-il quand un système de ce type défaille, insiste Greenfield en montrant l’exemple d’une voiture (équipée pourtant de la puce et ayant un accès autorisé) dont le passager à été tué par un plot qui est brusquement remonté. "Quel support technique appelez-vous quand un système de ce type casse ?"

A l’heure où nos espaces urbains commencent leur transformation, apparaissent des espaces "furtifs" (qui ne peuvent pas être trouvés), "glissants" (qui ne peuvent pas être atteints), piquants (qui ne peuvent pas être confortablement occupés), "croustillants" (qui ne peuvent pas être saisis), "nerveux" (qui ne peuvent pas être utilisés sans être sous surveillance) pour reprendre des termes qui font références aux travaux de l’architecte-géographe Steven Flusty (que nous évoquions dans ce billet), auquel il ajoute le terme "brumeux"pour décrire des espaces qui ne peuvent être cartographiés ou qui n’existent pas sur votre GPS.

Autant d’espaces qui deviennent importants au moment où nous commençons à visualiser l’espace urbain en terme de données, en couches de données. Au moment où l’espace devient adressable, ou l’on peut écrire dessus, ou l’on peut faire des requête dessus, nous pouvons imaginer faire des choses étranges. Que se passera-t-il, nous lance-t-il en évoquant le projet Pervasive Time Square, quand les panneaux d’affichages de Time Square commenceront à avertir certains piétons qu’ils doivent prendre un taxi immédiatement s’ils ne veulent pas rater leur vol pour la Jamaïque ? Ou quand ils vous laisseront savoir que la police sait que votre voisin porte une arme et qu’ils le surveillent ? "Je ne suis pas sûr que ces espaces soient très confortables".

Certes, le processus de l’information se dissolve dans nos comportements (on passe sa carte de transport dans son sac, sans plus s’en appercevoir). Cela permet d’imaginer de nouvelles interactions avec une cité qui répond au comportement de ces habitants.

Pour conclure sur une version plus optimiste, il nous invite à passer d’un urbanisme où l’on navigue à un urbanisme où l’on cherche (browse urbanism to search urbanism) où nous trouverons peut-être les moyens d’atteindre les différentes expériences que nous attendons de la ville. A quoi ressembleront-elles demain ? C’est à nous, designers et citoyens, de le dire.

Le Design comme un processus collaboratif

En direct de PicNic, la conférence hollandaise sur la créativité et l’innovation dans les nouvelles technologies.

Bill Moggridge est le fondateur d’Ideo, LE cabinet de design, dont la devise est de créer de l’impact via le design. Après avoir conçu de très nombreux produits, les concepteurs d’Ideo ont comme défi pour l’avenir de construire des interactions avec nos objets. Et de montrer, à titre d’exemple, le concept d’ultra mobile PC imaginé pour Intel (vidéo), qui adapte la voiture que vous empruntez à vos caractéristiques, juste en y branchant votre ordinateur ultra mobile, permettant à un Chinois se promenant en voiture dans une ville américaine de conserver une interface de navigation dans sa langue.

Nous avons de nouvelles pratiques de design et de nouvelles disciplines à interroger, explique Moggridge expliquant que celles-ci se situent sur un axe entre le design physique et numérique et sur un autre qui sépare l’humain et le subjectif de l’automatique et du caractère objectif de nos machines.

Impliquer les gens dans le design signifie faire participer ceux qui utilisent, ceux qui savent se servir des objets pour en concevoir des plus adaptés. En étudiant par exemple comment étaient conçus les établissement de dons du sang de la Croix Rouge américaine, Ideo a designé un environnement plus adapté et pour les infirmiers et pour les donneurs de sang : plus structuré, plus accueillant, plus sûr, plus valorisant pour mieux impliquer les individus qui utilisent ces structures et valoriser les donneurs. Le design s’intéresse aux contextes : personnels, sociaux ou environnementaux. Ideo s’intéresse au développement durable en étudiant par exemple une brique de lait optimisée pour le recylage. Et d’évoquer encore la Terre Tangible de Shinichi Takemura, un globe terrestre que l’on manipule pour voir l’état de la terre.

Le design est là pour nous aider à vivre ensemble, clame le Designer Accord, déjà rejoint par plus de 100 000 personnes. Un slogan qu’Ideo a depuis longtemps fait sien.

Les finalistes du Green Challenge

Bruno Giussani présente les finalistes du concours Green Challenge.

RouteRank, présenté par Jochen Mundinger a pour objectif de proposer une interface web qui permet d’optimiser la recherche et le classement écologique des routes que vous pouvez prendre pour vous rendre quelque part, selon les critères de l’internaute.

Greensulate, présenté par Eben Bayer, est un matériau pour remplacer le polystyrène aujourd’hui surutilisé dans la construction et dont l’empreinte écologique n’est pas bonne.

Peter Yeadon a présenté SmartScreen, un matériau thermo-réactif qui régule le transfert de chaleur en s'assombrissant quand il y a du soleil et s'ouvrant quand il n'y en a pas. Un exemple de matériaux "vivants", utilisant les nanotechnologies pour modifier leurs propriétés.

VerandaSolar présentée par Capra J’neva propose d’apporter la technologie solaire à tous via des panneaux solaires portables que les gens peuvent brancher dans leurs maisons, sur leurs balcons.

Le choix final va être difficile.

Mise à jour : le vainqueur est Eben Bayer pour son Greensulate.

Citizen Media : quels modèles économiques pour les médias dont les contenus sont générés par les utilisateurs ?

En direct de PicNic, la conférence hollandaise sur la créativité et l’innovation dans les nouvelles technologies.

Sander Limonard, consultant pour TNO, nous interroge. Y’a-t-il un modèle d’affaire viable pour les médias citoyens ? (voire une ancienne version de sa présentation)

Que sont les médias citoyens ? Les médias citoyens sont des plateformes basées sur des contenus générés par les utilisateurs qui apportent une valeur publique ou sociale. Et de citer bien sûr YouTube, LastFm, Tivo, Vcam, MySpace... La valeur se fait sur le rôle des utilisateurs qui peuvent publier, critiquer, recommander, programmer ou surfer.

Dans le cadre des modèles économiques des contenus générés par l’utilisateur, ceux-ci ressemblent à la longue traîne. Le contenu professionnel original, la niche, correspond bien souvent au pique de la Long Traîne. Alors que les contenus générés par les utilisateurs à la queue. Reste pour la plupart des projets à trouver leur point d’équilibre économique qui est bien souvent entre les deux.

Les modèles de revenus sont nombreux :
- micro-publicité (YouTube, LiveLeak),
- affiliation (ZiZone, Tubantia Haaksbergen),
- meilleurs ventes (qualifier le contenu et le vendre, comme sur Revver, Mimoa),
- services premium (Habbo Hotel, Hyves),
- dons (les membres investissent, comme Wikipedia, Sellaband),
- le sponsoring (Nationale Burendag),
- focus sur le talent (revenus indirects) comme Popstar, Islandoo, Stoggi
- la loyauté des consommateur (pas de revenus, mais permettre aux gens d’interagir avec votre marque : Viacom, Kentucky FriedChiken).

Mais tous ces modèles ne sont pas adaptés aux UGC. YouTube a atteint une taille critique (80 % du marché de la vidéo partagée en ligne, 70 000 upload par jour), mais ont connaît ses difficulter à rendre son service rentable, à établir un partage des droits clairs, toutes les vidéos ne sont pas adaptées à supporter la publicité et le risque est de faire fuir les créateurs de contenus populaires qui ne sont pas suffisamment payés. On voit bien que ce n’est pas la meilleure stratégie en terme de modèle d’affaire.

Il faut trouver la bonne épaisseur de la traîne, explique-t-il. Et d’évoquer I-Report de CNN, un site qui permet aux internautes de publier de l’information non filtrée. i-Report, est la un moyen pour CNN de stimuler les internautes à publier du contenu de qualité en promettant aux meilleurs d’être publiés et diffusés sur CNN, ce qui assure une réelle visibilité et une certaine loyauté des contributeurs. Certes, comme on le voit toujours, seulement 1 % de la communité apporte véritablement de la valeur exploitable, ce qui suffit à CNN pour rendre le modèle d’affaire soutenable. CNN n’en tire pas de revenus directs, mais c’est une façon intéressante d’exploiter sa communauté. Autre exemple intéressant à creuser : Burendag, un site néerlandais dont le but est de stimuler les communautés locales à prendre des initiatives citoyennes de voisinage. Bien sûr, dans le flot de sites de ce type qui se développent, qui nécessitent du temps pour trouver leur modèle, tous ne résisteront pas, comme le montre la fermeture de Skoeps, un site de partage de photo allemand.

Pour Sander Limonard, hormis quelques rares plateformes globales, les business modèles fondés uniquement sur les UGC originales n’existent pas. La combinaison de contenus UGC et professionnels sont une solution plus vivable. Les modèles d’affaires pour l’UGC sont coûteux. La plupart implémentent des modèles de revenus mixtent pour couvrir leurs couts. Le défi est de trouver la bonne niche et de créer un double voie de dialogue entre les pro et les amateurs.


Edgar Franzmann travaille lui à NetCologne, une compagnie de téléphone allemande régionale qui emploi quelques 750 personnes et réalise 300 millions d’euros de chiffre d’affaire par an. Avec Koeln.de, le site officiel "pour" la ville de Cologne, ils sont les leaders des sites régionaux allemands (2 millions de visites mensuelles) – dont ils développent une version béta plus participative. Depuis longtemps, ils s’intéressent à la participation : ils ont lancé une communauté de tchat de forums dès 2002, on fait une expérience de blogs qui n’a pas marché et ont mieux réussi avec bz.Koeln.de, un site où les internautes publient leurs histoires avec l’aide de professionnels qui retravaillent leurs contenus. En voyant le succès de YouTube de portails vidéos nationaux comme Clipfish.de ou MyVideo.de lancés par des groupes médias allemands, ils ont eu l’idée de lancer un portail UGC régional couplant vidéos et photos. Pour NetCologne, l’opération avait pour but de développer des moyens d’intégration de contenus multimédias multisites, d’offrir une plateforme pour d’autres producteurs de contenus professionnels de la région, innover en trouvant de nouveaux modèles publicitaires et acquérir une expérience dans ces nouveaux types de médias. C’est ainsi qu’ils ont développé Rheinvideo.de, un portail de partage vidéo et photo régional autour de la région de Cologne et du Rhin, symbole unificateur de la région.

Reste à savoir comment réussir à faire de l’argent avec un tel portail. Et d’expliquer que la pub vidéo est évidemment mieux payées (10 fois plus que de la pub normale) (voir les slides de sa présentation .pdf). Reste que pour réussir son modèle économique, Franzmann doit développer des vidéos professionnelles. Pourquoi ? Parce que les vidéos pro ont une audience beaucoup plus fortes que les vidéos personnelles. Les vidéos personnelles ont tendance à générer de 10 à 100 vues en moyenne, alors que les vidéos professionnelles totalisent plus de publiques et peuvent plus facilement recevoir de la publicité. D’où le travail qu’ils réalisent depuis, en développant des partenariat régionaux avec d’autres fournisseurs de contenus régionaux comme des télés locales (Center.tv ou calli.tv) ou des radios (comme domradio.de, un programme religieux dont la dernière vidéo a totalisé 5000 vues sur rheinvideo alors qu’elle n’arrivait pas à 1000 vues sur YouTube). Une coopération qui n’est pourtant pas toujours bien vue d’autres médias locaux qui y voient une concurrence et le développement d’un monopole.

Pour lui, l’avenir est de réussir à faire de RheinVideo une marque régionale, et de développer leurs programmes pour le mobile ou via la télé par Adsl.

Autre exemple, plus orginal de média de niche, celui de MiMOA, My Modern Architecture, lancée par deux jeunes architectes qui avaient du mal à trouver des contenus en ligne sur l’architecture. Le site propose aux internautes de partager des photos ou des projets de bâtiments architecturaux originaux, en les géolocalisant. La communauté peut voter pour signaler ses préférences. Le site a recueilli quelques 3000 contributions depuis un an, et de nombreux architectes n’hésitent pas y exposer leurs projets. Les créatrices souhaitent développer des partenariats avec des guides touristiques, des médias et souhaitent développer des profils professionnels payants pour les agences d’architecture.

Mais le projet le plus stimulant, à mon goût, a été celui présenté par Marc Miletich de Sonovista, une société d’accompagnement de projets vidéos autrichienne qui a plusieurs projets de médias sociaux en vidéo : comme St Anna, un projet de télévision pour un hôpital, ou School Pirate.tv, un concept de télévion pour les jeunes. Mais ce n’est pas ceux-ci qu’est venu présenter Marc Miletich. Il est venu nous parler d’Engerwitzdorf, une petite communauté rurale autrichienne de quelques 8000 habitants, reliant une trentaine de villages (sans ville centre), une communauté dortoire à proximité de Linz, à la population en forte croissance. L’idée du projet était d’apporter un outil qui brise l’isolement d’une communauté éclatée et de construire une plateforme qui permette de réintroduire de la cohésion sociale. Pour cela, ils ont créé une télé locale, accessible via le câble. Ils ont créé des ateliers pour motiver la communauté et les accompagner dans la réalisation de films. Ces amateurs ont produits des contenus visiblement étonnants, éloignés des productions habituelles que l’on trouve sur les sites de partage vidéo. On y trouve des reportages, des vidéos sur les évènements réalisés par les associations locales, et des vidéos sur la nature et les voyages, sur les évènements sportifs et même quelques films expérimentaux. Au total quelques 70 heures de contenus locaux ont déjà été produits avec des films d’une durée de 8 minutes en moyenne.

Miletich pense qu’on verra fleurir des initiatives similaires un peu partout en Europe bientôt. L’orginalité de sa démarche est de vouloir prendre le contenu généré par les utilisateurs au sérieux. Certes, ce business n’est pas rentable prévient-il. Il s’appuie sur une petite communauté d’acteurs (en l’occurence, un club vidéo avec 5 retraités très actifs, qui drainent l’énergie des autres membres de la communauté locale, et qui les pousse à produire, confie-t-il). Conscient de ses limites, Marc Miletich n’en clame pas moins que le futur de la télé est social ! A voir son expérience et la qualité des quelques reportages qu’il a montré, on voudrait le croire.

Plusieurs des projets présentés sont financés dans le cadre du projet de recherche européen IST Citizen Media, un programme de recherche qui souhaite accompagner les initiatives en la matière, permettre aux utilisateurs de créer des applications en réseau et des expériences avec les contenus générés par les utilisateurs.

Intégrer des éoliennes dans les villes ?

En direct de PicNic, la conférence hollandaise sur la créativité et l’innovation dans les nouvelles technologies.

Eoliennes dans un parc de loisirsLe développement de l'énergie éolienne est limité, un peu partout, par la pollution visuelle que représentent les éoliennes dans les paysages - presque toujours ruraux - dans lesquelles on les installe. Le paysage devient "postmoderne", peuplé de pylônes, d'éoliennes, d'antennes, de capteurs et d'autres équipements techniques - sans parler, naturellement, des routes. Les éoliennes s'imposent aux paysages comme des machines issues de l'ère industrielle.

Il faut repenser la signification de ces turbines dans les paysages, nous explique Hans van Houwelingen. Et les Pays-Bas, pays de moulins, pourraient être mieux placés que d'autres pour imaginer les formes adéquates...

"Pourquoi ne pas faire des éoliennes dont on soit fiers ? Pourquoi s'excuser, chercher en vain à les rendre invisibles, multiplier les règles protectrices plutôt que d'imaginer des formes créatives d'intégration de ces formidables machines dans nos environnements humains ?"

Le point de départ de la démarche de Hans van Houwelingen est qu'en réfléchissant autrement à leurs formes, les éoliennes pourraient sans doute s'intégrer plus aisément dans les villes. Il imagine par exemple des éoliennes de très grande taille qui s'intégreraient dans la "skyline", la ligne d'horizon produite par les gratte-ciels urbains. Dans un parc de loisirs, des éoliennes capables de traduire en couleurs diverses l'énergie produite deviendraient des éléments du décor ludique et permettraient de "sentir" leur fonction de manière sensible. Des bâtiments mixtes, à la fois tours et turbines, pourraient être imaginer. Des villes isolées pourraient marquer leurs entrées d'énormes piliers-éoliennes.

Ou bien on pourrait installer des éoliennes le long des autoroutes, pour rythmer visuellement (et verticalement) leur architecture horizontale.

Autre idée, puisque la campagne n'est plus un lieu de production, certains paysages pourraient être restructurés pour intégrer visuellement les éoliennes, plutôt que l'inverse. Le lien entre l'éolienne et son environnement peut encore s'étendre. Hans van Houwelingen propose par exemple des éoliennes noires installées en bordure de cimetierres, rouges et jaunes et combinées aux panneaux routiers qui annoncent des restaurants rapides...

Il y a aussi d'autres dessins de turbines, adaptés à des circonstances diverses. Mais la réflexion de van Houwelingen porte plutôt sur le sens culturel des turbines. "Quand on conçoit un immeuble, on réfléchit à son intégration urbaine. Apprenons à faire de même avec un équipement aussi utile qu'une turbine éolienne !"

Et pourquoi vous racontons-nous cela ? Parce que cela prend place pendant PICNIC. Et pourquoi parle-t-on de cela à une conférence sur le numérique ? Parce que le durable est au coeur de PICNIC et de beaucoup d'initiatives issues de cette communauté. Parce que l'intégration des systèmes "durables" dans les paysages, dans la vie quotidienne, dans les modèles économiques, dans les relations sociales, est la condition - aujourd'hui sous-estimée - de leur réussite. Enfin, parce que cette présentation s'intègre dans un atelier, le Green City Lab, qui s'intéresse aux FabLabs, aux productions hyperdécentralisées d'équipements et de produits, qui remettent en contact l'innovation numérique "2.0" et la production d'objets physiques, de machines, et même d'énergie...

Do you pique-nique ?

Nous avons raté les plénières de ce matin, volontairement. Geneviève Bell a fait une présentation sur un thème assez proche de ce qu’elle avait à Lift. Et nous verrons Clay Shirky aux Entretiens du nouveaux mondes industriels la semaine prochaine (et oui, encore du liveblogging de prévu). Le temps de remettre en forme et d’ajouter quelques liens sur quelques notes sur un atelier de ce matin et nous reprendrons le direct cet après-midi. Merci.

mercredi 24 septembre 2008

Le développement urbain durable et connecté : un chemin plus tortueux qu'il n'y paraît

L'initiative pour le "développement urbain connecté" (Connected Urban Development, CUD) que promeut Cisco frappe d'abord par son ambition et par le niveau d'engagement qu'elle a obtenu de 7 grandes métropoles mondiales. Le maire d'Amsterdam a consacré toute sa matinée et son dîner du 23 septembre à la conférence associée à ce programme ; le maire de Lisbonne a fait le déplacement ; Manoel Barroso, président de la Commission européenne, et Viviane Reding, commissaire à la Société de l'information et aux Médias, ont envoyé un message vidéo. Chacune des villes associées a engagé un ou plusieurs projets de grande ampleur : un réseau de télécentres de proximité, un système de péage urbain, des bâtiments verts, flexibles et intelligents, une production et une distribution d'énergie décentralisées…

Si ces projets réussissent, ils peuvent avoir une incidence significative sur la consommation d'énergie, les congestions urbaines, la pollution. Le programme cCUD ontribue à placer la question du développement durable plus près du cœur des préoccupations des décideurs, tant publics que privés. Il illustre le potentiel des technologies pour répondre de manière innovante aux défis environnementaux. Il démontre que le développement durable ne s'oppose pas à l'économie. Pour toutes ces raisons, son apport est incontestablement positif.

Mais pour que son apport demeure durablement positif, il lui faut rapidement élargir son point de vue. La succession des interventions lors de la conférence d'Amsterdam, ainsi que la forme même de l'événement, illustrent en effet de manière assez crue les difficultés de la rencontre entre le développement durable, le monde de la grande entreprise et enfin, les technologies et les cultures numériques.

L'environnement contre le social ?

Des "trois piliers" désormais classiques du développement durable (environnemental, économique et social), le social a disparu de la conférence. Les stratégies durables s'y décrivent dans un monde sans conflits, sans tensions, sans inégalités criantes, sans rapports de force entre employeurs et employés, sans services publics et provés qui disparaissent des quartiers difficiles... Les quartiers verts et les nouveaux développements urbains s'adressent aux classes moyennes supérieures. Les télécentres hébergent les travailleurs non postés du savoir.

Je force un peu le trait, à dessein. L'environnement semble clairement remplacer le social comme enjeu collectif, au prix, parfois, d'une candide admission des inégalités, voire du prix à payer (par qui ?) pour avoir une ville durable : différencier les services et les zones de vie, assigner les habitants à résidence dans leurs grands ensembles éco-conçus, accepter de travailler depuis chez soi en "homesourcing" sous peine de voir l'activité se délocaliser à l'étranger…

Le risque apparaît clairement : si l'objectif environnemental occulte (ou renforce) la brutalité des tensions urbaines, alors, non seulement il ne sera pas atteint, mais la situation finale pourrait s'avérer plus mauvaise que celle du départ.

Une informatique trop raisonneuse

La plupart des applications numériques présentées pendant la conférence tournent autour de la mesure, du contrôle, de l'automatisation et de l'optimisation. On modélise et planifie, ou capte, mesure et cartographie, on pilote, facture et sanctionne, on calcule, minimise et organise… L'informatique classique, celle des processus, excelle dans ce domaine et il est logique qu'on l'emploie à cette fin.

Organisation thématique du programme CUD
La ville apparaît donc, en creux, comme un simple système, certes complexe, mais qu'il s'agirait simplement d'optimiser. La spontanéité de ses habitants, le caractère imprévisible de ses actions, la déraison qui fait se déplacer très loin pour trouver un bon restaurant, ne font pas vraiment partie de ces projets très raisonnables, voire raisonneurs. Au point, par exemple, que le problème que pose un système intelligent de péage urbain qui suit à la trace chaque véhicule, en termes de vie privée, n'apparaît pas spontanément à ses promoteurs.

Il y a plus : quand on optimise, on tend naturellement à considérer le système à optimiser comme une donnée. Autrement dit, on ne s'interroge pas, ou peu, sur son périmètre. Aux problèmes de mobilité, on apportera des solutions en termes de transports et de tarification, à la rigueur de télétravail – mais on travaillera fort peu sur les temps, sur la flexibilité des espaces, sur l'invention de nouvelles formes de proximité…

6 milliards d'absents ?

Enfin, jusqu'à l'intervention in extremis de J.D. Stanley, responsable de l'activité "secteur public" de Cisco, qui rendait compte de travaux exploratoires communs avec le Mobile Experience Lab du MIT (Etats-Unis), j'ai bien cru que les citoyens resteraient définitivement à la porte de ces projets de ville durable… De même que la conférence, y compris pendant les sessions plus petites, laissait fort peu de temps au débat, les projets présentés descendent, ils font le bien des citadins pour eux, parfois même un peu contre eux. Ils ne sont guère consultés, ils participent encore moins à les définir, quant à en être coproducteurs… La technocratisation de l'écologie accompagnerait-elle aussi rapidement son arrivée au cœur du débat public ?

Le Mobile Experience Lab se focalise sur l'expérience personnelle et sociale de l'usage des technologies en environnement urbain. Sa collaboration avec Cisco a inévitablement emmené le programme CUD sur un autre terrain, celui des échanges, de la participation, de la collaboration, de l'innovation ouverte. Alors que les autres projets du programme Connected Urban Development sont en phase de prototypage ou de test, il ne s'agit ici que de scénarios. Mais c'est un premier pas.

Suivre PicNic

Pour suivre PicNic, vous pouvez aller sur le blog officiel et le live report de l'évènement. De nombreux experts et blogueurs sont présents et pratiquent le live blogging comme Ethan Zuckerman, Bruno Giussani, Ernst-Jan Pfauth et Boris Veldhuijzen van Zanten du Next web...

A demain !

Jiry Engeström : Nos objets sociaux

En direct de PicNic, la conférence hollandaise sur la créativité et l’innovation dans les nouvelles technologies.

"Les gens ne se connectent pas au hasard", nous explique Jiry Engeström, le fondateur de Jaiku. "Ils se connectent à travers d’objets avec lesquels ils partagent leurs centres d’intérêt".

La plupart des services sociaux qu’on utilise quotidiennement nous permettent de partager des objets que ce soit de la musique avec last fm, des évènements sur Facebook, des signets sur delicious, des livres sur LibraryThing, des photos sur Flickr. Sur SoundCloud par exemple, on échange ses compositions avec des collaborateurs pour les évaluer, avoir le ressenti des uns et des autres sur tel passage ou tel autre.

Ci-dessous, les slides de Jiry lors de sa présentation du sujet au dernier Reboot, très proches des slides qu'il a présenté tout à l'heure.

Nous devons découvrir de nouveaux objets sociaux ou plutôt des objets centrés sur la sociabilité, explique Jiry. Nos outils mobiles ou connectés permettent de mettre en valeur des objets qu’on ne partageait pas avant : les messages textuels permettent de partager des émotions sur Twitter, Bluetooth sa présence, etc. "C’est pourquoi les objets sont intéressants" : leur fonctions mêmes nous permettent de partager.
Quand on utilise un service on définit "ses verbes", c’est-à-dire les actions que l’on peut faire avec. Cela introduit une "vision sociale périphérique" : sans signaux des intentions des autres, serons-nous encore capable de prendre des décisions, de bâtir des projets, de décider où nous rendre... ?

Dans les 24 prochains mois, les services que nous utilisons vont tous devenir sociaux, prédit Jiry. Il va nous falloir imaginer un monde physique où nous aurons autant voire plus d’information périphérique à notre disposition que dans World of Warcraft. Reste à savoir à quoi dois-je faire attention de ce qu’il se passe autour de moi : pour que l’information m’arrive au bon moment.

Stefan Agamanolis : Pour des technologies lentes

En direct de PicNic, la conférence hollandaise sur la créativité et l’innovation dans les nouvelles technologies.

Stefan Agamanolis est directeur du Distance Lab, un laboratoire de recherche sur la distance dont l'objectif est d’interroger les limites des relations distantes à l’heure des outils de communication et de connexion permanente, que ce soit dans le domaine de l’apprentissage, de la santé, des relations, de la culture...

En réaction au Fast Food - disponible partout à tout moment, global, efficace, tolérable, générique, robotique, solitaire, moderne, rapide... -, est apparu le mouvement Slow Food, qui prône d’autre valeurs pour l’alimentation comme le plaisir, la qualité, le local, des produits sains, l’importance de prendre le temps de manger, une ambiance, une personnalisation, l’intimité, l’humanité, la communauté, la tradition... Le téléphone mobile est un peu comme le Fast Food de la communication, utile pour tout type de communication. Mais que pourraient-être des communications "lentes" ? C’est-à-dire non pas forcément des communications non rapides, mais des communications qui mettraient au coeur de leurs fonctionnements d’autres valeurs que la rapidité, l’efficacité qui fondent aujourd'hui nos technologies ?

Stefan Agamanolis évoque alors plusieurs projets, comme le concept d’IsoPhone des artistes James Auger et Jimmy Loizeau, qui propose une communication sans distraction aucune. Les personnes qui s’appellent sont plongées dans des piscines et portent des casques qui leur permettent de communiquer tout en flottant. Une immersion qui concentre l’écoute en créant une atmosphère particulière qui peut certes paraître folle, mais qui offre une réelle pause dans la façon dont nous communiquons. Stefan Agamanolis évoque également un autre projet étonnant – Mutsugoto - de communications intimes, dont l’interface est une chambre et qui permet à un couple de rester connecté à distance, en échangeant via des interfaces lumineuses.

Pour Agamanolis, nos objets pourraient aussi s’inspirer de la tradition, en réaction à la course à la modernité et le côté sportwear de nos outils technologiques, comme le montre le projet Solar Vintage : une collection de broderies, de broches, d’ombrelles et d’éventails communicants. Les communications "lentes" pourraient aussi nous aider à conserver la forme, comme le fait très bien le sport, en évoquant le projet Remote Impact (que nous avions déjà évoqué), qui permet de cogner et taper à distance.

Le laboratoire de Stefan Agamanolis semble recéler bien d’autres projets intéressants, notamment à destination des seniors. Le Distance Labs organise le 13 novembre une journée autour des technologies lentes (Slow Technology) qui doit valoir le déplacement jusqu’en Ecosse.

2025 : portraits des citadins de la "ville visible"

Du 24 au 26 septembre, à Amsterdam, Hubert Guillaud et Daniel Kaplan participaient à PICNIC, un "rassemblement d'esprits créatifs au confluent des médias, des technologie, des arts et de la culture". PICNIC est à la fois un événement, une conférence, une série d'ateliers et un réseau. Les notes qui suivent tentent de rendre compte de quelques-uns de ses moments forts.

Lorenzo de RitaA l'occasion de l'atelier sur la "ville visible" de PICNIC, Lorenzo de Rita, qui est l'un des publicitaires européens les plus primés, avait accepté une commande un peu particulière : partir en voyage dans le temps vers le 15 juillet 2025, y rencontrer des habitants de cette "ville visible" que raconte l'atelier du même nom à PICNIC, et revenir nous le raconter. Il en a ramené une saisissante galerie de portraits (photographiés par Krijn van Noordwijk) qu'il faut prendre le temps de découvrir, avec leurs courtes légendes biographiques : Pierre, le chef aux deux étoiles qui n'utilise que des ingrédients entièrement traçables ; Jan, dont le métier est d'enlever les panneaux de signalisation routière maintenant que celle-ci s'affiche directement sur le pare-brises des automobiles ; Floris, dont la société produit des idées neuves, mais uniquement par accident ; Mei Chi, professeure d'intimité électromagnétique ; Jeremy, qui s'est fait refaire une identité pour pouvoir rejouer au poker après avoir été dénoncé comme tricheur...

Photo Krijn van NoordwijkOn ne saurait résumer le portrait plutôt sombre qu'il trace de la ville visible et de ses habitants autrement que par bribes. Parce qu'on sait tout dans cette ville, qu'on en sait tout, elle ne laisse rien à l'imagination. Le moindre grain de café est étiqueté et tracé. Nous mesurons tout, nous calculons tout. Une Banque de la vie privée stocke tout ce qui concerne chacun d'entre nous et nous aide à en négocier et à en tracer les usages. Si nécessaire, nous pouvons nous racheter une identité complète.

L'intimité devient un combat, ou bien un service qui se vend. Il existe tout de même des entractes urbains, des périodes de 15 mn pendant lesquelles aucun message commercial n'est autorisé, ni sur les écrans ou les panneaux de pub, ni sur les mobiles, ni dans les implants ou sur les pares-brises... On imagine aussi des cafés non-pub, comme il y eut (avant la prohibition) des cafés non-fumeurs. Les individus, ou des groupes d'activistes, ou encore des entrepreneurs malins, inventent toutes sortes de manière de se donner de l'air dans un monde ultra-technologique : des montres qui ne font que dir s'il fait nuit ou jour (et auxquelles il arrive de se tromper), des cures contre l'overdose de tags.

Comme plus personne n'aura le temps de penser, les découvertes seront toutes accidentelles, sélectionnées par essais-erreurs en grandeur réelle. On ne demandera plus à un "créatif" des idées, il y en a trop, mais un "point de vue", un endroit d'où considérer le monde. Et de ce point de vue, ce qui comptera ne sera plus qui l'on est, mais où l'on est. Cette ville inhumaine n'est-elle plus qu'un espace ?

On voit, bien sur, où le "créatif" (c'est sa désignation de poste, même s'il ne l'aime guère) veut en venir : un tel monde n'a pas besoin de créativité, n'a que faire de l'imagination. Ce qui ne serait pas déprimant que pour Lorenzo de Rita...

Aaron Koblin : créer à l’heure du 2.0

En direct de PicNic, la conférence hollandaise sur la créativité et l’innovation dans les nouvelles technologies.

L’artiste Aaron Koblin présente The Sheep Market, une collection de 10 000 moutons dessinés par des utilisateurs de l’Amazon Mechanical Turk, cette “place de marché du pauvre” qui propose à tout internautes de réaliser de petites tâches contre une rétribution tout aussi faible. Chaque dessinateur a été payé 2 cents pour dessiner un mouton tourné vers la gauche. En 40 jours, il a récolté quelques 10 000 moutons, dessinés en moyenne en moins de deux minutes, à un rythme de onze moutons à l’heure par 7599 adresses IP différentes (ce qui signifie que certains ont dessinés plusieurs moutons). Une oeuvre collective dont il a tiré une animation sans fin qui interroge notre productivité collective et le rapport à l’art, à l’heure du crowdsourcing.

Pourquoi des moutons ? Parce que les moutons sont une icône culurelle et historique. La force du symbole et bien sûr, la référence au Petit Prince. En rappelant les Temps Moderne de Chaplin, Koblin interroge la façon dont nous créons à l’ère industrielle. Les gens le faisaient uniquement pour les quelques centimes qu’ils en retiraient.

Il a renouvelé l’aventure avec le Ten Thousand cent, une création qui consistait à faire dessiner par des centaines d’individus travaillant isolément le visage de Benjamin Franklin qui orne le billet de 100 dollars. Et de terminer en musique sur sa dernière création : le clip de House of Cards, de Radiohead. Dont la particularité a été d'utiliser des lasers et des capteurs pour scanner en trois dimensions, sous forme de particules, le groupe. Le code et les données ont été placées en open source sur Google Code et déjà, des remixages sont apparues sur le net.

PICNIC : Regarde la ville vivre

Du 24 au 26 septembre, à Amsterdam, Hubert Guillaud et Daniel Kaplan participaient à PICNIC, un "rassemblement d'esprits créatifs au confluent des médias, des technologie, des arts et de la culture". PICNIC est à la fois un événement, une conférence, une série d'ateliers et un réseau. Les notes qui suivent tentent de rendre compte de quelques-uns de ses moments forts.

La demande d'informations sur la "dynamique urbaine" croît. Combien de personnes se trouvent dans telle zone ? Où y a-t-il des embouteillages en formation ? Combien de personnes entrent et sortent de tel quartier ? Quelle quantité de CO2 a-t-elle été émise ? Qui a vu telle annonce ? etc. Les réponses ont des implications en matière d'urbanisme, de transports, mais aussi de sécurité, de gestion de crise, etc.

Le trafic téléphonique à AmsterdamLe travail mené autour d'Amsterdam, que présentait Euro Beinat, directeur de la Sensible Future Foundation à l'université de Salzbourg, a consisté à explorer le "comportement collectif de la ville", partir de celui des individus qui la parcourent. Le réseau télécoms est donc le bon support pour mener ces études, et l'équipe a travaillé avec l'opérateur KPN. Les études peuvent se fonder sur des données agrégées, on ne peut pas connaître un individu en particulier.

L'un des enjeux du projet "Visible City Amsterdam" a consisté à inventer des formes de visualisation. L'équipe a travaillé en collaboration avec le Senseable City Lab du MIT, qui avait déjà exploré ces questions au travers de projets pionniers tels que New York Talk Exchange et Real Time Rome.

Sur un grand modèle de la ville, des colonnes jaunes s'élèvent depuis différentes zones d la vie, traduisant l'activité d'envoi des SMS. On peut voir la ville vivre à travers ces envois, de jour en jour, de minute en minute : des pics, des creux, des zones mortes, d'autres qui vivent intensément certains jours ou à certaines heures et qui n'existent plus le reste du temps.

Il devient donc intéressant d'observer, pas seulement la ville dans son ensemble, mais des zones particulières, dont on va représenter différemment le trafic, par rapport au travers de courbes temporelles. Un centre d'affaires, un lieu touristique, une gare ont ainsi des "signatures" très particulières. Et bien sûr, ces dynamiques interagissent : en semaine, les pointes à la gare précèdent ou suivent de peu les pointes des quartiers d'affaires, etc. On peut bien sûr tracer des courbes sur des périodes courtes ou longues, comparer plusieurs courbes de plusieurs lieux...

Les mêmes données injectées dans des modèles d'analyse statistique permettent, par exemple, d'anticiper le trafic à venir sur des zones, de travailler sur les flux d'un endroit à l'autre, etc.

Et peut-on enrichir l'analyse ? Un premier objectif consiste à séparer les piétons, les cyclistes et les automobilistes. C'est probablement assez facile à partir de leur manière de se déplacer (vitesse, régularité, etc.) et cela peut produire des informations très riches sur le trafic, les problèmes, les émissions polluantes.

Charles Leadbeater : créer les conditions de la créativité de masse

En direct de PicNic, la conférence hollandaise sur la créativité et l’innovation dans les nouvelles technologies.

On ne présente plus le penseur Charles Leadbeater, conseiller de Tony Blair, l’ex-premier ministre britannique, et auteur de We Think, l’innovation de masse, qui ouvre la 3e édition de PicNic, en revenant sur la puissance de la collaboration (cf. "Où sont les coopérations fortes").

Pour lui, la nouvelle dynamique de la créativité et de l’innovation en ligne a d’abord un impact social, plus que technologique ou économique. "On ne présente plus la qualité de la créativité sur le web", explique Leadbeater en nous projettant une vidéo de 5 minutes d’un gamin qui joue excellemment de la guitare, vue par 49 millions de personnes. Des gamins comme celui-ci peuvent aujourd’hui créer, montrer ce qu’ils font et toucher un public inimaginable. Le monde des médias est fait de frontières, qui délimitent des modèles d’affaires, des publics. Selon lui, les frontières entre ces mondes vont disparaitre, comme le montre ces vidéos accessibles partout et par tous.

Mais comment faire pour créer des choses ensemble, qui aille au-delà des bulles de créativité individuelles que nous sommes capable de lancer sur le net ? Comment créer des choses plus complexes, ensemble ? Ne plus seulement participer, mais collaborer ? Comment utiliser ces nouvelles formes de collaboration pour créer, pour jouer, pour apprendre, pour faire du développement durable, pour soigner ?

Ces nouvelles formes d’organisation interrogent les anciennes. La plupart des formes de créativité ne sont pas individuelles, mais collaboratives. On créé parce qu’on intègre, mixe et developpe de nouvelles idées à partir d’anciennes.

Pour passer aux formes collaboratives, selon lui, il faut quatre conditions :
1.Besoin de diversité. Il faut de la collaboration entre des gens qui pensent différement, qui ont des points de vue différents. La diversité est la clef.
2.Faire que les gens contribuent. Offrir des outils simples pour développer et faciliter la contribution, à la manière du Wiki de Wikipédia. Ces activités ont besoin d’être conçues pour être partagées et ont besoin d’avoir des interfaces adaptées.
3.Il faut créer des buts communs et aussi des buts pour chacun. Trouver des moyens pour impliquer les gens dans le projet, ensemble. Créer des buts et un sens qui les rassemble. Créer des "communs" qui les attire.
4.Il faut enfin inclure des instructions, que les gens puissent moduler des instructions, organiser leurs contributions, avec des règles claires.

Pour éviter le danger de l’uniformité et du consensus et trouver une voie plus créative et collaborative, il faut en créer les conditions, martèle l’expert britannique. Et de s’enhousiasmer des pratiques des jeunes scientifiques - qui partagent et jouent des données, utilisent les outils d’aujourd’hui pour collaborer - qui donnent un aperçu de ce que sera le futur. "La création collaborative est plus intense et continue qu’avant", lance-t-il.

Cela implique deux autres règles pour mieux intégrer la collaboration dans les organisations :

- Les organisations faisaient des choses FOR you et maintenant elles vont le faire maintenant TO you.
- Les organisations doivent se poser profondément la question de comment travailler et apprendre avec les autres. Que ce soit dans les domaines de la médecine, de la politique, de l’enseignement, il faut penser ce que nous faisons avec les autres.

Pour lui, l’internet nous permet de créer des conditions et des façons de travailler plus créatives, plus innovantes. En tout cas, l’opportunité est là. Peut-on changer les choses avec l’internet ? Et de citer une réponse de Tim Berners Lee qu’on interrogeait sur cette masse de transformations sociales dont internet nous submerge : "Le danger n’est pas d’en demander trop à l’internet, le danger est de n’en demander pas assez."

Le télétravail est la solution, mais quelle est la solution au télétravail ?

Notes prises lors de la conférence du programme "Connected Urban Development", organisée par Cisco à Amsterdam, les 23 et 24 septembre 2008.


Benoît FeltenEn introduction du second jour de la conférence, Benoit Felten, Senior Analyst au Yankee Group (et dont on recommandera le bon blog Fiber Revolution), a reçu la tâche d'illustrer l'apport des réseaux de nouvelle génération dans la transformation (de préférence durable) des processus d'affaires. Il prévient d'emblée : "ce que je vais vous présenter, c'est une vision, pas le résultat d'études."

Son point de départ : l'automobile. Peut-on réduire le nombre de véhicules, les distances qu'ils parcourent, leur consommation d'énergie, leurs émissions ?

Que penser des politiques actuelles ? Felten (qui est Français) évoque par exemple le bonus-malus écologique français : "Une famille nombreuse qui possède une grosse voiture paiera un malus. Si elle achète deux petites voitures, elle recevra un bonus..." D'autres exemples seraient de la même veine. Bref, beaucoup de mesures actuelles foacalisées sur l'automobile sont soit inefficaces, soit perverses, soit au mieux, leurs effets seront mineurs.

"Amener le travail aux travailleurs, plutôt que les travailleurs au travail"

Il faut, pour Felten, prendre les choses autrement.

Les déplacements pendulaires, du domicile au travail, représentent une source majeure de congestion, de pollution, de temps perdu et de stress. Ils sont un héritage de l'organisation industrielle du travail. Dans une économie de services, cela n'a plus de sens. Et dans des sociétés connectées à très haut débit, "le travail peut aller aux travailleurs plutôt que les travailleurs au travail." C'est, pour Felten, "l'action la plus concrète que nous puissions engager aujourd'hui. Parce qu'il s'agit de changer les modalités, pas d'attendre qu'une technologie devienne mature." (Est-il vraiment plus rapide de changer les "mentalités" que la technique ? On peut s'interroger, mais on comprend ce que veut dire Felten)

Quels seraient les avantages ? Les entreprises peuvent faire des économies et profitent de la productivité et de la satisfaction que gagnent leurs salariés qui n'ont plus à passer des heures dans les transports. Elles peuvent plus facilement recruter des talents qui vivent très loin de leurs bureaux. Les employés gagnent du temps et de l'argent, améliorent leur qualité de vie et réduisent leur niveau de stress. Les territoires réduisent leur empreinte écologique. Et en termes d'emploi, ils peuvent espérer que les délocalisations fassent en partie place au "homesourcing", à l'externalisation auprès de personnes qui travaillent depuis leur domicile sur le territoire.

Comment réussir après tant d'échecs ?

Felten le reconnaît, la peinture est un peu rosie... Cependant, la piste mérite d'être explorée. Et ce sont les entreprises qui seraient à l'initiative. Donc, il faut leur donner des chiffres.

L'opérateur BT évalue les gains de productivité de ses télétravailleurs à 20%. 80% d'entre eux sont satisfaits de cette organisation. IBM fait travailler à domicile un tiers de ses salariés américains et affirme avoir économisé 100 millions de dollars.

Comment réussir un tel projet, quand tant d'autres initiatives dans le même sens ont échoué dans les deux décennies passées ? Il faut travailler sur l'organisation des entreprises, sur le management, sur l'environnement de travail et sur la technologie.

En termes d'organisation et de management, il faut repenser le "contrat social" entre employeur et employé. Comment manager et superviser des employés que l'on n'a pas sous les yeux ? C'est ce que font déjà, par exemple, deux entreprises partenaires l'une de l'autre : la confiance repose sur les deux parties. Ce qui suppose que les objectifs, les critères de mesure, les conséquences du succès et de l'échec, soient précisément définis.

La seconde condition de succès est de pousser l'adoption d'un "environnement de travail 2.0". Cela inclut en particulier un lien vidéo bidirectionnel à haute définition et la présence d'un grand nombre d'applications dans le "nuage", sur le réseau, plutôt que centralisées dans le centre informatique de l'entreprise.

Enfin, le haut débit actuel n'est pas suffisant pour assurer des conditions de travail à domicile satisfaisantes pour employeurs, employés et clients des entreprises. Il faut créer les conditions du déploiement rapide du très haut débit. Mais le problème est que le déploiement coûte cher, très cher. Le modèle de financement le plus classique, celui où les opérateurs investissent et où les clients financement a posteriori par leurs abonnements et leurs usages, ne sera sans doute pas suffisant à assurer un déploiement rapide de la fibre optique. Il faut d'autres compléments : que les promoteurs confinancent la fibre si leurs appartements connectés se vendent mieux, que les entreprises cofinancent la connexion de leurs salariés, que les acteurs publics investissent pour réduire les déplacements urbains...

Il faudra aussi, conclut Benoît Felten, compter avec la résistance de ceux qui ont tout à perdre d'un tel changement : les compagnies pétrolières, les constructeurs automobiles et les constructeurs d'espaces de bureaux...

Ceux qui suivent depuis quelques années les heurs et malheurs du télétravail et des télécentres se trouvent sans doute en terrain familier. Trop familier, en fait. Il y a dans l'intervention de Benoît Felten quelques pistes, quelques idées à creuser, quelques chiffres utiles issus d'expériences récentes et significatives. Mais il est difficile de ne pas lire, aussi, dans cette intervention, une resucée d'arguments souvent entendus depuis 20 ans, notamment dans la bouche des acteurs du numérique qui annoncent toujours le télétravail heureux au tournant de la prochaine vague technologique...