jeudi 21 février 2008

Georges Amar : Les principes de réalités face aux nouveaux modes de l'information

Georges Amar, directeur de la prospective de la RATP. On a pris l'habitude d'admettre que l'avenir est largement imprévisible. Car notre incorrigible manie d'innover est imprévisible. Seule la prospective de l'imprévisible, de l'innovation, a donc de l'intérêt. Son enjeu : repérer des champs conceptuels nouveaux, comme dans Vélib par exemple. La prospective c'est repérer et formuler de nouveaux paradigmes. Dans notre démarche de prospective sur le métro du XXIe siècle, nous avons essayer de chercher s'il y a un nouveau paradigme du métro.

Est-ce que le paradigme actuel est en bout de course et y'a-t-il une alternative ?

Le métro est une innovation continue tout au long du 20e siècle qui s'est inscrit dans le paradigme de la fluidité. Un paradigme architectural, social, technologique... Le devenir normal du métro, c'est l'automatisation intégrale, dans l'avenir sans agents, et de savoir si ce paradigme était incontournable et s'il y avait des alternatives à cet automatisation. On obtient la fluidité au prix de la séparation avec la ville, en enfermant le métro sous terre. Le métro sera d'autant plus fluide qu'il n'y aura pas de tensions, de frottements avec le reste de la ville.

Un changement paradigme, à quoi ça sert ? Ca sert à développer des connaissances nouvelles, des compréhensions nouvelles. Le paradigme alternatif du métro du 21e siècle nous a amené à poser celui de l'échange : la fluidité + la relation. Il n'y aurait plus de contradiction entre la fluidité et les échanges. On remarque alors qu'il y a déjà des échanges dans le métro, hors, à la RATP, on n'avait jamais posé ces questions, malgré la somme des études. La question de savoir si les gens se rencontrent était hors paradigmes. On a donc commandé des enquêtes qui montrent que les gens se rencontrent beaucoup plus qu'on ne le croit... Notre connaissance de la phénoménologie nous a au moins permis d'apprendre des choses nouvelles. Autre exemple, nous nous sommes intéressés à la foule, vécue toujours comme une menace, un danger : comment on évacue une foule en cas de danger ? Mais la foule qui a un téléphone mobile et qui prend des photos est la même foule ? Le fait que des milliers de personnes soient présentes ensemble n'a-t-il pas d'intérêt ? Pour l'instant, la RATP ne s'intéresse qu'à écouler des flux, mais le temps de coprésence, n'est-il pas une ressource à une époque où le besoin relationnel est fort ? Concevoir le métro comme un lieu d'évènement permanent permet de redéfinir notre métier, qui n'est pas que celui de gérer des flux.

Le métro coute très cher en investissement ce qui nous appelle à réfléchir sur le modèle économique du métro. Pour l'instant, on ne s'intéresse que sur la valeur qu'il crée : le gain de temps. C'est le paradigme classique du transport. Mais si on passe à l'échange, il y a des économies d'échanges. Le métro peut-il entrer dans l'économie de l'échange et pas seulement dans l'économie du transport ? Ca pourrait être une façon d'aborder nouvelle l'économie du métro. Le métro est une « puissance d'échange en puissance ». Mais quelles applications l'utilisent ? Cette puissance d'échange n'aura de la valeur que si elle est utilisée par des services qui pourront se plugger sur elle. Cela signifie que le métro doit être de plus en plus pluggable ! Ce n'est pas la RATP qui va inventer tous les services d'échanges ou les gérer (même si elle en fera peut-être quelques-uns), mais à d'autres. L'invitation est lancée !

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